De nouveaux dérivés synthétiques du cannabis inondent le marché, exploitant des zones grises juridiques. Ces substances, aux effets psychoactifs similaires au THC, sont vendues en ligne sans régulation. Mais quels sont les risques pour la santé et comment parviennent-elles à échapper à l’interdiction ?

L’apparence, le goût et les effets psychoactifs des produits synthétiques vendus légalement en ligne sont similaires au cannabis (illustration). Crédit : Martin BERNETTI / AFP
Leurs noms – THCX, THV N10, Delta BZ10 – évoquent davantage des modèles d’avions que des substances psychoactives. Pourtant, en parcourant les sites spécialisés, leur apparence est identique à celle du cannabis ou du haschisch classique, rendant leur distinction difficile pour les consommateurs.
De nouvelles molécules après chaque interdiction
Depuis mai 2024, plusieurs cannabinoïdes de synthèse sont venus remplacer les dérivés interdits par l’Agence nationale de sécurité du médicament. En exploitant des failles légales, des produits présentés comme légaux mais aux effets proches du cannabis continuent d’être disponibles en ligne, sans aucune régulation.
Sur son site internet, Le Petit Botaniste, qui vend ces produits, décrit le THV N10 comme :
« Une molécule récente dans le monde des cannabinoïdes, réputée plus puissante que le HHC et présentant des similitudes avec le THC. Sa structure chimique est proche de celle du THC (…) Cette modification confère des effets du THV-N10 puissants pour un produit légal et disponible en France sous différentes formes. »
Comment ces produits restent-ils légaux ?
En juin 2023, l’ANSM a classé le HHC et ses dérivés comme stupéfiants, les rendant illégaux en France. Les raisons ? Des risques tels que tremblements, vomissements, anxiété ou « bad trip », confusion mentale, malaise, douleur thoracique et même des problèmes cardiovasculaires. Mais les laboratoires de synthèse ont rapidement réagi, produisant de nouvelles variantes non encore interdites.
Le problème ? Le cadre légal ne suit pas le rythme. Chaque interdiction prend du temps, et pendant ce laps de temps, des dizaines de nouvelles molécules peuvent être créées et commercialisées en toute légalité.
Une interdiction inévitable ?
Le rapport de l’ANSM publié le 6 février 2024 met en garde : ces cannabinoïdes de synthèse peuvent avoir des effets psychoactifs plus puissants que ceux du cannabis naturel. Cela veut dire que les substances synthétiques peuvent parfois aggraver des troubles mentaux tels que l’anxiété et la dépression.
Un autre problème majeur réside dans le manque d’études scientifiques : les effets à long terme de ces substances restent méconnus, tant sur le cerveau que sur le système nerveux et cardiovasculaire.
Face à cette prolifération de nouveaux dérivés, la question n’est plus de savoir si ces substances seront interdites, mais quand. Toutefois, tant que la loi n’évoluera pas pour anticiper ces mutations, le marché du cannabis synthétique restera un jeu du chat et de la souris entre législateurs et fabricants.